1. Pourquoi le Critérium du Dauphiné change de nom
78 éditions, plus de 70 ans d'histoire, et un nom qui disparaît officiellement. À partir de 2026, le Critérium du Dauphiné devient le Tour Auvergne-Rhône-Alpes. La raison est administrative : la Région Auvergne-Rhône-Alpes a renforcé son partenariat avec l'organisateur ASO (qui possède aussi le Tour de France) et a obtenu en contrepartie le naming rights de l'épreuve, comme c'est devenu courant dans le sport pro depuis dix ans.
Pour le grand public, c'est un changement cosmétique. Pour les coureurs et l'histoire, c'est une rupture symbolique. Le « Dauphiné » a sacré six futurs vainqueurs du Tour de France sur les dix dernières années : Froome, Thomas, Bernal, Roglič, Pogačar, Vingegaard. Aucune autre course de juin n'a une corrélation aussi forte avec le maillot jaune. Que la course change de nom ne change rien à son statut : c'est la répétition générale du Tour, point.
L'autre nouveauté de 2026, c'est le territoire couvert. Là où le Dauphiné historique épousait grosso modo les départements alpins du nord (Isère, Savoie, Haute-Savoie, Ain), le Tour Auvergne-Rhône-Alpes traverse cette année 9 départements, de la Haute-Loire à la Haute-Savoie en passant par l'Ardèche, le Puy-de-Dôme, le Rhône et l'Ain. La course s'étend au Massif central, ce qui n'arrivait que rarement dans le format précédent.
2. Le parcours en 8 étapes : 1 204 km, 19 850 m de dénivelé
L'édition 2026 propose 8 étapes pour 1 204,3 km, avec un dénivelé positif total annoncé à 19 850 mètres — soit 47 km et plusieurs centaines de mètres de dénivelé de plus que l'édition 2025. La trame est classique pour une course de juin : un démarrage en montagne dès le premier jour, une étape de transition au milieu de la semaine, et un final alpin en apothéose le week-end.
| Étape | Date | Parcours | Km | Profil |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Dim. 7 juin | Vizille → Saint-Ismier | 140,1 | Montagne |
| 2 | Lun. 8 juin | Saint-Martin-le-Vinoux → Le Puy-en-Velay | 237,3 | Accidentée |
| 3 | Mar. 9 juin | Perreux → Perreux | 28,4 | CLM par équipes |
| 4 | Mer. 10 juin | Le Puy-en-Velay → Montrond-les-Bains | 165,8 | Accidentée |
| 5 | Jeu. 11 juin | Saint-Chamond → Bourg-en-Bresse | 175,2 | Plaine |
| 6 | Ven. 12 juin | Bourg-en-Bresse → Combloux | 204,2 | Moyenne montagne |
| 7 | Sam. 13 juin | La Bridoire → Grand Colombier | 133,3 | Haute montagne |
| 8 | Dim. 14 juin | Beaufort → Plateau de Solaison | 120,0 | Haute montagne |
Trois choses sautent aux yeux. D'abord, la première étape est déjà classée montagne : 140 km autour de Grenoble avec une arrivée à Saint-Ismier qui ne laissera pas dormir les sprinteurs. Ensuite, l'étape 2 fait 237 km — le format long n'a quasiment plus d'équivalent sur le calendrier WorldTour. C'est une étape d'usure, pas de spectacle direct, mais elle pèse dans les jambes pour la suite. Enfin, tout se joue le week-end final : deux étapes courtes (133 et 120 km) mais brutales, avec un dénivelé concentré et des arrivées au sommet.
3. Le retour du contre-la-montre par équipes après 9 ans
C'est la grande nouveauté du règlement 2026. L'étape 3 est un contre-la-montre par équipes de 28,4 km à Perreux (Loire). Le format n'avait plus été utilisé sur l'épreuve depuis 2017. Sa réintroduction n'est pas innocente : ASO veut tester en grandeur réelle les équipes avant un possible CLM par équipes au Tour de France, et offrir un terrain d'expérimentation à Visma-Lease a Bike, UAE Team Emirates-XRG et Soudal Quick-Step pour roder leur quatuor de poursuiteurs.
Sur le papier, l'exercice avantage les écuries qui investissent depuis des années dans le contre-la-montre : Visma a la profondeur d'effectif (Vingegaard + Affini + Van Aert + Jorgenson), UAE a la puissance brute (Pogačar + Almeida + Ayuso + Yates). Un écart de 30 à 45 secondes entre les deux équipes est plausible — assez pour orienter tout le général.
4. Pogačar, Vingegaard, Evenepoel : le triumvirat de juin
Trois noms dominent les pronostics. Tous arrivent en pleine forme, mais avec des trajectoires différentes sur le printemps 2026.
Tadej Pogačar (UAE Team Emirates-XRG) — le tenant du titre
Le Slovène a remporté le Dauphiné 2025 et n'a quasiment pas perdu une course depuis. Vainqueur de Liège-Bastogne-Liège 2026 pour la quatrième fois consécutive, il arrive en juin avec le statut de favori absolu — celui qu'on doit battre, pas celui qui doit attaquer. Sa stratégie sera probablement défensive : tenir le groupe des favoris jusqu'au week-end, marquer Vingegaard à la culotte, et porter une seule attaque tueuse soit au Grand Colombier soit au Solaison.
Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike) — l'affamé
Le Danois sort d'une saison 2025 frustrante (3 podiums sur les Grands Tours, aucune victoire). Il a relancé sa préparation 2026 différemment : victoire sur Paris-Nice en mars, impasse sur les classiques ardennaises, longue préparation en altitude en Sierra Nevada. Son objectif unique de l'année est de battre Pogačar sur le Tour. Le Dauphiné est son galop d'essai prioritaire. Attendez-vous à du Vingegaard en mode revanche.
Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-hansgrohe) — l'outsider devenu favori
Premier printemps du Belge sous les couleurs allemandes après son départ de Soudal Quick-Step, et il a tout réussi : vainqueur d'Amstel Gold Race 2026, 3ᵉ de Liège-Bastogne-Liège. Sa polyvalence (excellent rouleur, bon grimpeur, redoutable sur les arrivées au sommet courtes) en fait un client sérieux sur ce parcours qui mélange CLM par équipes et arrivées en altitude. La question pour lui reste l'endurance pure sur 8 jours consécutifs : ce n'est pas sa qualité historique.
| Coureur | Équipe | Forme printemps 2026 | Atout n°1 |
|---|---|---|---|
| Tadej Pogačar | UAE Team Emirates-XRG | Vainqueur Liège-Bastogne-Liège | Polyvalence et explosivité |
| Jonas Vingegaard | Visma-Lease a Bike | Vainqueur Paris-Nice | Endurance et bloc d'équipe |
| Remco Evenepoel | Red Bull-BORA-hansgrohe | Vainqueur Amstel Gold Race | CLM individuel et tempo |
| Primož Roglič | Red Bull-BORA-hansgrohe | Discret au printemps | Expérience des Grands Tours |
| Florian Lipowitz | Red Bull-BORA-hansgrohe | 3ᵉ en 2025 à 22 ans | Marge de progression |
À noter : la France n'a plus gagné le Dauphiné depuis Charly Mottet en 1992. 33 ans de disette. Avec Paul Seixas (2ᵉ à Liège-Bastogne-Liège 2026 à 19 ans), Romain Bardet, Felix Gall qui roulent sous licence Decathlon CMA CGM Team, l'espoir tricolore est théoriquement plus haut qu'il ne l'a été depuis 15 ans. Mais espérer un top 5 reste un objectif réaliste, pas la victoire.
5. Grand Colombier puis Plateau de Solaison : le finale tueur
Tout se résume à 48 heures. Samedi 13 juin, l'étape 7 mène à La Bridoire jusqu'au Grand Colombier (133,3 km). L'ascension finale par la face de Culoz est l'une des plus dures des Alpes françaises : 17,4 km à 7,1 % de moyenne, avec des passages au-delà de 10 %. La particularité : ce n'est pas un col isolé. Les coureurs gravissent d'abord le Col de la Biche (12,4 km à 7,8 %) puis le Col du Sapenay avant d'attaquer le Grand Colombier. Au total, près de 45 minutes au seuil pour le vainqueur — du calibre d'une étape de Tour de France.
Dimanche 14 juin, le verdict final. L'étape 8 part de Beaufort et grimpe vers le Plateau de Solaison (11,3 km à 9,1 %, passages à 13 %). Avant l'arrivée, deux cols hors-catégorie : Col du Pré, Montée de Bisanne, Col des Aravis. L'enchaînement Bisanne-Aravis-Solaison sur 120 km de course est, sur le papier, l'arrivée la plus exigeante du printemps européen. Solaison est nouveau au programme du Dauphiné — c'est une pente raide et régulière, taillée pour les explosivités courtes. Pogačar y est théoriquement avantagé, Vingegaard a besoin d'un long effort pour exprimer son punch.
6. Les vélos pour rouler dans l'esprit du Dauphiné
Le Dauphiné a toujours été le rendez-vous des grimpeurs purs. Pas de pavé, pas de bordures, pas de sprints massifs : les vélos qui gagnent à Solaison ou au Grand Colombier sont les mêmes qui passeront ensuite l'Alpe d'Huez ou le Tourmalet. Voici les trois modèles qui résument le mieux la philosophie de l'épreuve — légers, rigides, taillés pour grimper.
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7. Notre verdict : ce que dira (ou pas) cette course sur le Tour
Le Tour de France 2026 démarre le 4 juillet, vingt jours après l'arrivée du Dauphiné. C'est suffisamment proche pour que la forme se conserve, et suffisamment éloigné pour digérer une semaine de course. La corrélation historique est claire : 6 vainqueurs du Dauphiné sur les 10 dernières années ont gagné le Tour la même année. Et l'étape 7 du Tour 2026 (Andorre, 255 km) ressemble dans sa structure à l'étape Grand Colombier de cette semaine — un test grandeur réelle.
Concrètement, voici ce que cette édition 2026 nous dira sur juillet. Si Vingegaard bat Pogačar au Solaison, le Tour est ouvert : ça veut dire que Visma a trouvé la clé pour empêcher le Slovène de plier la course en montagne. Si Pogačar fait à nouveau coup double (CLM par équipes solide + démonstration au Solaison), le Tour est déjà plié sur le papier. Si Evenepoel s'intercale entre les deux, alors on a un vrai trois bandes pour la première fois depuis 2022.
Le scénario le moins probable mais le plus intéressant ? Que Pogačar perde du temps au CLM par équipes (Visma reste théoriquement supérieur sur cet exercice) et qu'il doive attaquer plus tôt que prévu pour combler son retard, dévoilant sa stratégie avant juillet. C'est ce qu'attend secrètement le clan Vingegaard depuis 18 mois.
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